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La santé du Cane Corso : quelles maladies rencontre-t-on réellement ?

  • gardiensdecebenna
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Quand on commence à se renseigner sur la santé du Cane Corso, on peut rapidement avoir l'impression d'avoir choisi une race particulièrement fragile. Dysplasie, problèmes cardiaques, épilepsie, ligaments croisés, maladies génétiques… À force de dresser des listes, on finit parfois par oublier de remettre les choses dans leur contexte.


Après plus de dix ans d'élevage et plusieurs centaines de chiots nés à la maison, ce n'est pas l'image que j'ai du Cane Corso.


Cela ne veut évidemment pas dire que la race est exempte de problèmes de santé. Aucun chien ne l'est. Mais dans mon expérience, le Cane Corso reste globalement un chien robuste. Certaines affections méritent une vraie vigilance, d'autres restent beaucoup plus occasionnelles et, surtout, toutes ne peuvent pas être prédites ou évitées par un test.


Tout n'est pas testable


On parle facilement de « chiens testés santé », comme s'il existait une batterie d'examens permettant de garantir qu'un reproducteur ne transmettra aucune maladie.


Ce n'est pas aussi simple.


Pour certaines maladies, une mutation génétique précise a été identifiée. C'est par exemple le cas de la DSRA (Dental-Skeletal-Retinal Anomaly) chez le Cane Corso. Un test ADN permet de connaître le statut génétique du chien et de raisonner les mariages afin de ne pas produire de chiots atteints.


Là, nous disposons réellement d'un outil génétique de sélection.


Pour d'autres affections, il existe des dépistages, mais pas de test génétique permettant de connaître précisément le risque transmis. Et pour certaines, aucun examen ne permet aujourd'hui de prédire si un chien développera ou transmettra le problème.


C'est une différence importante lorsqu'on parle de sélection sanitaire.


La dysplasie des hanches et des coudes


La dysplasie est probablement l'affection la plus connue chez le Cane Corso et, plus généralement, chez les chiens de grand format.


Les reproducteurs peuvent être dépistés par radiographie. On obtient ainsi une information sur l'état de leurs articulations, mais une radiographie n'est pas un test génétique.


La dysplasie est une affection complexe et multifactorielle. Plusieurs facteurs génétiques interviennent, mais également la croissance, le poids, l'alimentation, l'activité physique ou les contraintes exercées sur les articulations.


Son héritabilité varie fortement selon les races, les populations étudiées, les méthodes utilisées et les critères mesurés. Il n'existe donc pas un chiffre unique d'héritabilité de la dysplasie applicable à tous les chiens.


Surtout, parler d'héritabilité ne signifie pas que l'on puisse attribuer un pourcentage précis de la dysplasie d'un chien à ses gènes.


L'héritabilité est une donnée statistique calculée à l'échelle d'une population : elle estime la part des différences observées entre les individus associée aux différences génétiques, dans cette population et dans un environnement donné.


Deux parents radiographiquement indemnes peuvent donc produire un chien dysplasique, comme un chien issu de parents moins bien notés peut avoir de bonnes hanches.


Le dépistage reste un outil de sélection utile. Il faut simplement savoir ce qu'il mesure et ne pas lui faire dire davantage.



Les ruptures des ligaments croisés


Les ruptures du ligament croisé crânial font également partie des affections orthopédiques rencontrées chez le Cane Corso.


Leur origine est complexe. Une rupture peut survenir à la suite d'un traumatisme — mauvaise réception, rotation brutale du genou, changement de direction — tandis que d'autres facteurs peuvent intervenir dans la fragilisation du ligament.


Certaines études portant sur de grandes populations canines retrouvent le Cane Corso parmi les races présentant davantage de ruptures des ligaments croisés. Cela ne suffit cependant pas à démontrer une prédisposition génétique spécifique à la race.


Un autre facteur est aujourd'hui bien documenté : la stérilisation est associée à une augmentation du risque de maladie du ligament croisé, chez les mâles comme chez les femelles, avec une association particulièrement marquée lorsqu'elle intervient jeune.


C'est d'ailleurs quelque chose que je retrouve dans mon propre suivi : parmi les quelques cas de rupture des ligaments croisés qui m'ont été rapportés au fil des années, une majorité concernait des chiens stérilisés.


Cela ne signifie évidemment pas que la stérilisation explique à elle seule ces ruptures. Mais ce constat rejoint un facteur de risque retrouvé dans la littérature.


Il n'existe actuellement aucun test ADN permettant de déterminer qu'un Cane Corso développera ou transmettra ce problème. Une rupture des ligaments croisés dans une descendance ne peut donc pas, à elle seule, être considérée comme la preuve d'un problème génétique dans une lignée.


Les maladies cardiaques


Le Cane Corso peut également être concerné par différentes affections cardiaques.


Mais une anomalie congénitale, une cardiomyopathie d'origine génétique ou une atteinte cardiaque secondaire ne correspondent pas aux mêmes mécanismes.


L'alimentation en fournit un exemple intéressant.


Des cardiomyopathies dilatées associées à l'alimentation ont été décrites chez des chiens, y compris dans des races qui ne sont habituellement pas considérées comme génétiquement prédisposées à cette maladie.


Les premières alertes ont beaucoup concerné les croquettes dites « sans céréales ». Les recherches menées depuis suggèrent cependant que l'absence de céréales n'est probablement pas le problème en elle-même. L'attention se porte davantage sur certaines formulations contenant de fortes proportions de légumineuses, notamment de pois, mais également de lentilles, pois chiches ou haricots secs.


Le mécanisme précis n'est pas encore totalement élucidé et il serait excessif d'affirmer simplement que « les pois provoquent des maladies cardiaques ». L'association entre certaines alimentations riches en légumineuses et certaines formes de cardiomyopathie dilatée est en revanche suffisamment documentée pour être prise en compte. Chez certains chiens atteints, une amélioration de la fonction cardiaque a notamment été observée après modification de l'alimentation.


Une cardiopathie diagnostiquée chez un chien n'est donc pas automatiquement une cardiopathie héréditaire.


Le diagnostic précis, l'âge d'apparition, l'alimentation, l'historique du chien et l'existence ou non d'autres cas parmi ses apparentés permettent d'en savoir beaucoup plus qu'un simple intitulé sur un compte rendu vétérinaire.


L'auscultation et, lorsque cela est indiqué, l'échographie cardiaque apportent elles aussi des informations sur le reproducteur examiné, avec leurs propres limites.


L'épilepsie


L'épilepsie est probablement l'un des meilleurs exemples des difficultés auxquelles un éleveur peut être confronté.


Il n'existe actuellement pas de test génétique permettant de dépister l'épilepsie idiopathique chez le Cane Corso.


Le diagnostic lui-même est généralement un diagnostic d'exclusion : avant de parler d'épilepsie idiopathique, il faut écarter autant que possible les autres causes susceptibles de provoquer des crises convulsives.


Une composante génétique ou familiale est démontrée dans certaines formes d'épilepsie canine et dans plusieurs races. Nous ne disposons pas pour autant d'un mode de transmission simple applicable au Cane Corso.


Dans ce type de situation, une grande partie du travail repose donc sur le suivi des lignées et de la descendance.


Un cas isolé est une information. Plusieurs cas apparentés en deviennent une autre.


C'est aussi pour cela que le retour des propriétaires, parfois plusieurs années après le départ du chiot, est précieux.



Alors, que peut réellement faire un éleveur ?


La sélection sanitaire ne consiste pas à promettre qu'aucun problème n'arrivera jamais.

Elle consiste à utiliser les outils disponibles lorsqu'ils existent, à connaître leurs limites et à suivre ses productions dans le temps.


Les tests ADN sont extrêmement efficaces lorsqu'une mutation responsable d'une maladie monogénique est connue. Les dépistages renseignent sur le phénotype d'un reproducteur. Les pedigrees et le suivi des apparentés apportent encore d'autres informations.


Et l'expérience accumulée sur plusieurs générations permet parfois de repérer ce qu'aucun test ne montre encore.


Elle permet aussi de garder une chose en tête : tout problème de santé apparaissant chez un chien n'est pas nécessairement héréditaire.


Une affection peut avoir une composante génétique sans être exclusivement génétique. Elle peut être multifactorielle, influencée par l'environnement, l'alimentation ou différents événements survenus au cours de la vie du chien.


C'est aussi pour cela qu'une sélection sanitaire ne peut pas se résumer à rechercher le meilleur résultat possible sur chaque dépistage.


Un chien HD-A possède d'excellentes hanches au moment où elles sont évaluées. C'est une information favorable, mais elle ne nous dit rien, à elle seule, de ce que l'on peut connaître par ailleurs de sa famille : longévité, problèmes cardiaques ou neurologiques, fertilité, maladies apparues tardivement ou autres problèmes pour lesquels aucun dépistage n'existe.


À l'inverse, un résultat moins parfait sur un caractère ne résume pas davantage la valeur sanitaire d'un chien et de toute sa lignée.


Sélectionner, c'est donc regarder le chien, mais aussi ce qu'il y a derrière lui, autour de lui et ce qu'il produit. Se focaliser sur ce que nous savons mesurer peut parfois faire oublier ce que nous ne savons pas encore mesurer.


C'est là que la sélection devient beaucoup plus complexe qu'une simple addition de résultats de tests.


Une race robuste, sans être invulnérable


Le Cane Corso n'est évidemment pas à l'abri d'un problème de santé au cours de sa vie.


Mais la liste de toutes les maladies déjà décrites dans une race ne dit rien, à elle seule, de la probabilité qu'un chien les développe.


Avec le recul de plus de dix ans d'élevage et de plusieurs centaines de chiots nés et suivis, mon expérience reste celle d'un chien globalement robuste.


Le rôle d'un éleveur n'est pas de prétendre produire des chiens auxquels rien n'arrivera jamais. Il est de connaître les problèmes rencontrés dans sa race et dans ses propres lignées, de tester ce qui peut réellement l'être, de tenir compte des informations qui remontent et d'adapter sa sélection lorsqu'un signal apparaît.


C'est moins spectaculaire qu'une longue liste de tests.


Mais c'est beaucoup plus proche de ce qu'est réellement le travail de sélection.


Pour une présentation plus détaillée des différentes affections pouvant toucher la race, vous pouvez consulter notre page "Les maladies du Cane Corso"

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