Le standard Morsiani
Dans notre race, nous avons la chance de disposer, aux côtés du standard FCI, du remarquable travail du Dr Antonio Morsiani.
Précis, détaillé et profondément attaché à la fonctionnalité du Cane Corso, ce texte reste une référence essentielle pour comprendre le type et les proportions qui caractérisent la race.

Le présent texte reprend le standard historique du Cane Corso rédigé par le Dr Antonio Morsiani et approuvé en 1987 par le Comité des Juges et le Conseil Directeur de l’ENCI.
Cette version a ensuite été ratifiée par le Comité Technique de la SACC en juillet 1995, avec quelques adaptations tenant compte de l’évolution de la race et des exigences formelles de la FCI concernant la rédaction des standards.
Ce travail a servi de référence à l’ENCI dans le processus de reconnaissance internationale du Cane Corso auprès de la FCI. Par sa précision et la richesse de ses descriptions morphologiques, il reste aujourd’hui un document particulièrement intéressant pour comprendre le type, les proportions et la fonctionnalité recherchés dans la race.

Type général
Le Cane Corso est un chien de format moyen à grand, puissamment construit mais élégant. Sa musculature est longue, puissante et bien définie. Il doit exprimer à la fois force, agilité et résistance.
Sa conformation est celle d'un chien mésomorphe : le tronc est plus long que la hauteur au garrot. Il est harmonique dans ses proportions générales, mais présente un profil de tête concaviligne caractéristique, avec des axes crânio-faciaux légèrement convergents.
Les indices morphologiques donnent un indice corporel d'environ 80 et un indice thoracique d'environ 70. La hauteur du thorax représente environ la moitié de la hauteur au garrot.
Le Cane Corso est un chien intelligent, énergique et équilibré, naturellement destiné à la garde et à la défense. Docile et affectueux avec son maître et profondément attaché à sa famille, il doit être capable, lorsque la situation l'exige, de devenir un défenseur courageux et déterminé.
La tête
La tête est brachycéphale, massive mais sans lourdeur excessive.
Sa longueur totale représente environ 3,6/10 de la hauteur au garrot. La largeur bizygomatique est importante et correspond à la largeur du crâne ; elle représente jusqu'à environ 6,6/10 de la longueur totale de la tête.
Les axes longitudinaux supérieurs du crâne et du museau sont légèrement convergents. Cette convergence constitue un caractère essentiel du type Cane Corso.
Le périmètre de la tête, mesuré au niveau des pommettes, dépasse deux fois sa longueur totale. La tête est modérément sculptée, avec des arcades zygomatiques développées vers l'extérieur.
La peau est consistante, lisse, suffisamment tendue et relativement adhérente aux tissus sous-jacents.
Le crâne
Le crâne est large et légèrement bombé vu de face. De profil, il dessine une courbe irrégulière qui tend à s'aplatir vers la partie postérieure.
Sa largeur est égale à sa longueur et représente environ 6,6/10 de la longueur totale de la tête.
Vu du dessus, le crâne apparaît presque carré grâce au développement des arcades zygomatiques et des puissantes masses musculaires qui l'entourent.
Les bosses frontales sont bien développées et saillantes. La dépression frontale est marquée et le sillon médian est visible.
Le stop
Le stop est nettement marqué.
L'angle naso-frontal se situe autour de 105 à 110°, tandis que l'angle crânio-facial est d'environ 130°.
Le parallélisme des axes crânio-faciaux est un défaut ; la divergence constitue une anomalie majeure du type recherché. À l'inverse, une biconvergence excessive est considérée comme caractéristique de l'hypertype.
La région faciale
La truffe
La truffe est volumineuse, noire, plutôt plate sur sa partie supérieure et munie de narines larges, ouvertes et mobiles.
Elle se situe dans le prolongement de la ligne supérieure du chanfrein et ne doit pas être excessivement projetée vers l'avant.
Le museau
Le museau est très large, profond et carré.
Sa largeur doit être pratiquement égale à sa longueur, laquelle représente environ 3,4/10 de la longueur totale de la tête.
Sa profondeur dépasse la moitié de sa longueur.
Les faces latérales du museau doivent être parallèles. Cette particularité, associée à la largeur et à la puissance des mâchoires, donne au museau son aspect carré et plat caractéristique.
Le chanfrein est droit et plutôt plat.
Un museau conique, trop étroit ou trop long fait perdre au Cane Corso une part importante de sa typicité.
Les lèvres
Les lèvres sont consistantes.
Vues de face, les lèvres supérieures forment, à leur jonction, une forme de U inversé, caractéristique de la race. De profil, elles sont modérément pendantes.
La commissure est bien définie et constitue le point le plus bas du profil inférieur du museau. La pigmentation est noire.
Les mâchoires et les dents
Les mâchoires sont très larges, robustes et épaisses.
La mâchoire supérieure présente un très léger raccourcissement, entraînant le prognathisme léger caractéristique du Cane Corso.
Les incisives inférieures dépassent idéalement leurs correspondantes supérieures d'environ 5 mm. Une fermeture en pince et un dépassement pouvant atteindre environ 10 mm sont mentionnés comme tolérances dans le travail de Morsiani.
La mandibule doit être puissante, bien arquée et se terminer par un menton marqué. Cette construction est directement liée à la fonction de prise et à la puissance de la morsure.
L'absence d'une ou plusieurs premières prémolaires n'est pas considérée comme un défaut majeur dans ce contexte, tandis que l'absence de prémolaires importantes doit être davantage pénalisée.
Les yeux
Les yeux sont de taille moyenne, bien écartés et placés en position sub-frontale.
L'ouverture palpébrale est légèrement ovale. Les globes oculaires sont légèrement saillants, les paupières bien adhérentes et leurs bords sont pigmentés de noir.
La sclère ne doit pas être visible.
L'iris doit être aussi foncé que possible en fonction de la couleur de la robe. Le regard doit être intelligent, vif et attentif.
Les oreilles
Les oreilles sont de taille moyenne, triangulaires, épaisses à la base et implantées haut.
Elles sont larges à leur base, pendantes et proches des joues. Lorsqu'il est attentif, le chien peut les porter semi-dressées.
Le texte historique de Morsiani mentionne la coupe des oreilles en triangle équilatéral ; cette indication appartient évidemment au contexte historique du document et ne constitue pas une recommandation actuelle.
Le cou
Le cou est fort, ovale en section, très musclé et bien dégagé de la nuque.
Sa longueur est d'environ 3,6/10 de la hauteur au garrot, soit approximativement la longueur totale de la tête.
Son périmètre, mesuré à mi-longueur, représente environ 8/10 de la hauteur au garrot.
Le cou idéal forme un angle d'environ 45° avec le sol et s'intègre harmonieusement au garrot, aux épaules et à la poitrine.
La peau sous le cou est pratiquement dépourvue de fanon.
Le tronc
Le tronc est compact, robuste et fortement musclé.
Sa longueur dépasse la hauteur au garrot d'environ 11 %, avec une tolérance de ± 1 %.
La ligne supérieure est droite au niveau du dos et légèrement convexe au niveau des reins.
Le garrot
Le garrot est haut, long, sec et large. Il se fond harmonieusement dans le cou et dans le dos.
Il doit être nettement marqué sans créer de rupture artificielle avec la ligne dorsale.
Le dos
Le dos est large et musclé. Son profil est rigoureusement droit et légèrement ascendant vers l'avant.
Sa longueur représente environ 32 % de la hauteur au garrot.
Les reins
Les reins sont courts, larges, très musclés et solidement raccordés au dos et à la croupe.
Leur profil est légèrement convexe et leur longueur représente environ 20 % de la hauteur au garrot.
La solidité de cette région est particulièrement importante pour la transmission de l'impulsion du mouvement.
La croupe
La croupe est longue, large et arrondie grâce au développement musculaire.
Sa longueur représente environ 32 % de la hauteur au garrot.
Son inclinaison est d'environ 28 à 30° selon l'axe iléo-ischiatique et de 15 à 16° entre la pointe de la hanche et l'insertion de la queue.
Elle est donc légèrement inclinée.
La poitrine
La poitrine est large, bien descendue et ouverte, avec des muscles pectoraux fortement développés.
Sa largeur représente environ 35 % de la hauteur au garrot.
Le sternum est au niveau de la pointe des épaules et la poitrine est légèrement convexe de profil.
Le thorax
Le thorax est développé dans les trois dimensions.
Les côtes sont longues, obliques, larges et suffisamment cintrées. Les quatre dernières fausses côtes sont longues, obliques et ouvertes.
Le thorax descend jusqu'au niveau du coude et sa hauteur représente 50 % de la hauteur au garrot.
Sa largeur, mesurée à mi-hauteur, représente environ 35 % de la hauteur au garrot ; sa profondeur environ 55 %, et son périmètre dépasse la hauteur au garrot d'environ 35 %.
Le thorax doit être fonctionnel et ne doit être ni plat, ni excessivement en tonneau, ni caréné.
Le ventre
Le profil inférieur est sec, suffisamment long et remonte progressivement vers l'abdomen.
Le ventre n'est ni fortement retroussé ni relâché et le creux du flanc reste peu prononcé.
La queue
La queue est implantée assez haut sur la ligne de la croupe. Elle est épaisse à la base et s'affine progressivement vers l'extrémité.
Lorsqu'elle est tendue, elle atteint et dépasse légèrement le jarret.
Au repos, elle est portée basse ; en mouvement, elle est horizontale ou légèrement plus haute que la ligne du dos.
Elle ne doit être ni enroulée en anneau ni portée verticalement. Le texte historique mentionne la coupe à la quatrième vertèbre.
Les membres antérieurs
Les aplombs sont réguliers, vus de face comme de profil.
La hauteur du membre jusqu'au coude représente environ 50 % de la hauteur au garrot.
Les membres sont forts, robustes et proportionnés au format général du chien.
Les épaules
L'épaule est longue, oblique, forte et très musclée.
Sa longueur représente environ 30 % de la hauteur au garrot et son inclinaison se situe autour de 48 à 50°.
Elle doit rester bien appliquée au thorax tout en conservant une grande liberté de mouvement.
Le bras
Le bras est légèrement plus long que l'épaule, fortement osseux et musclé.
Sa longueur représente environ 31 à 32 % de la hauteur au garrot, avec une inclinaison d'environ 58 à 60°.
L'angle scapulo-huméral se situe autour de 106 à 110°.
Le métacarpe et le pied
Le métacarpe est robuste, sec, élastique et légèrement incliné, formant environ 75° avec le sol.
Le pied antérieur est rond, compact, avec des doigts fortement arqués : c'est le traditionnel pied de chat.
Les coussinets et les ongles sont fortement pigmentés.
Les membres postérieurs
Les membres postérieurs sont puissants et proportionnés au format du chien.
La cuisse
La cuisse est longue, large et fortement musclée.
Sa longueur dépasse 33 % de la hauteur au garrot et sa largeur n'est pas inférieure à 25 % de celle-ci.
L'axe du fémur est incliné d'environ 70° par rapport à l'horizontale.
La jambe
La jambe est longue, sèche, fortement osseuse et musclée.
Sa longueur représente environ 32 % de la hauteur au garrot et son inclinaison est d'environ 50°.
Le grasset
L'angle fémoro-tibial est d'environ 120°.
Le jarret
Le jarret est large, épais, sec et nettement dessiné.
La distance entre la pointe du jarret et le sol ne doit pas dépasser environ 26 % de la hauteur au garrot.
L'angle tibio-métatarsien est d'environ 140°.
Le métatarse est court, robuste, cylindrique et parfaitement perpendiculaire au sol. Sa longueur représente environ 15 % de la hauteur au garrot, hors tarse et pied.
Le pied postérieur est légèrement plus ovale que le pied antérieur et ses doigts sont moins arqués.
Les allures
Les allures recherchées sont :
pas ample, trot allongé et galop par séquences, avec une nette préférence pour le trot allongé.
Le mouvement doit traduire la puissance, l'équilibre et la fonctionnalité de la construction.
La peau
La peau est plutôt épaisse mais possède peu de tissu conjonctif sous-cutané ; elle reste donc relativement adhérente aux tissus sous-jacents.
Le cou est pratiquement dépourvu de fanon et la tête ne doit pas présenter de rides.
La pigmentation des muqueuses et des sclères est noire ; les coussinets et les ongles doivent être foncés.
Le poil et la robe
Le poil est court mais non ras, brillant, dense, adhérent et de texture plutôt dure.
Il possède un léger sous-poil, qui se développe davantage durant la période hivernale sans apparaître au travers du poil de couverture.
Sa longueur moyenne est d'environ 2 à 2,5 cm. Elle peut atteindre environ 3 cm sur le garrot, la croupe, la face postérieure des cuisses et la queue, sans former de franges.
Sur le museau, le poil est plus court et ne dépasse pas environ 1 à 1,5 cm.
Les couleurs
Le texte Morsiani décrit notamment les robes :
-
noire ;
-
gris plomb ;
-
gris ardoise ;
-
gris clair ;
-
fauve clair ;
-
fauve cerf ;
-
fauve foncé ;
-
bringée, sur fond fauve ou gris.
Chez les sujets fauves et bringés, une masque noire ou grise est présente sur le museau et ne doit pas dépasser la ligne des yeux.
Une petite marque blanche peut être admise au poitrail, à l'extrémité des pieds et sur le chanfrein.
Taille et poids
Mâles
64 à 68 cm au garrot
Tolérance historique : ± 2 cm.
45 à 50 kg, en rapport avec la taille.
Femelles
60 à 64 cm au garrot
Tolérance historique : ± 2 cm.
40 à 45 kg, en rapport avec la taille.
Défauts et critères de sélection
Le standard considère comme défaut toute déviation par rapport aux caractéristiques recherchées, avec une importance proportionnelle à sa gravité et à son impact potentiel sur la santé, le bien-être et la fonctionnalité du chien.
Parmi les défauts graves sont notamment cités les axes crânio-faciaux parallèles ou excessivement convergents, la convergence des faces latérales du museau, la dépigmentation partielle de la truffe, certains défauts de fermeture dentaire, la queue en chandelle ou en anneau, l'amble permanent au trot, les tailles situées hors des limites indiquées et la présence d'ergots.
Sont notamment considérés comme éliminatoires dans ce texte historique : la divergence des axes crânio-faciaux, la dépigmentation totale de la truffe, le chanfrein concave ou busqué, l'énognathisme, certaines anomalies de pigmentation ou des yeux, l'anourie ou la brachyourie, le poil semi-long ou frangé, les couleurs non prévues et certaines anomalies d'allure.
Une dernière précision essentielle
Le texte historique se termine sur un principe particulièrement intéressant pour l'élevage :
seuls les sujets fonctionnels, cliniquement sains et typiques doivent être destinés à la reproduction.
