Comment choisir son chiot Cane Corso
- gardiensdecebenna
- il y a 3 jours
- 8 min de lecture
Quel chiot choisir? C'est une question que l'on nous pose très souvent. Pourtant la vraie question est peut-être différente : est-ce que c'est vraiment totalement à vous de choisir votre chiot?

1. Les idées reçues
Dans un monde idéal, le choix d'un chiot ne serait pas celui d'une couleur, d'une région, d'un prix ou encore du plus gros de la portée.
Un animal est un être vivant et sensible, qui porte en lui un patrimoine génétique, qui s'exprime visuellement ou pas et un caractère, celui que l'éleveur consciencieux découvre au fil des premières semaines de vie.
Ni une tâche sur la poitrine, ni un prix (qu'il soit en deça du prix du marché ou tout en haut de la fourchette), ni un périmètre géographique, ni la taille ou le poids du chiot ne devraient être des critères de choix.
Et une fois devant les chiots, celui qui est le plus avenant et aventurier n'est peut-être pas celui qui vous conviendrait le mieux.

2. L'entretien avant la réservation
Avant toute réservation ou inscription sur liste d'attente, un échange avec l'éleveur me paraît indispensable. Pour notre part, nous privilégions donc un premier échange par téléphone. Cela permet de voir si la demande est sérieuse, si le feeling entre l'éleveur et la famille passe bien et envisager sereinement la suite, sans perte de temps pour l'un ou l'autre.
Pour ce qui est du fond de cet entretien, il permet de faire un point des souhaits et attentes des familles mais aussi de s'assurer que le projet d'accueil d'un chiot est bien réfléchi. Il est également parfait pour répondre aux questions des familles.
Un chiot et encore plus un chiot de protection et de grande taille comme le cane corso, n'est pas une peluche qu'on laisse dans son salon ou dans son jardin en pensant que tout va se faire tout seul ... ou c'est le début des problèmes. Il est indispensable de prendre en considération les particularités physiques et comportementales de cette race afin de ne pas être surpris par l'évolution de votre boule de poils. Un éleveur objectif ayant eu plusieurs Corsi de lignées différentes est le mieux placé pour vous faire un tableau de cette race.
De même, si on peut avoir un Cane Corso comme premier chien, il faut aussi se rendre compte qu'il va falloir s'investir obligatoirement dans l'éducation. Un grand chien doit se contrôler alors si pas d'expérience canine, il faut rester humble et savoir se tourner vers des professionnels si besoin, se documenter, se former. Attention, l'éducation canine évolue et on peut être éducateur (comme éleveur) en 2, 5 jours de pseudo-formation, donc il ne faut pas hésiter à bien creuser aussi sur ce plan là pour partir avec les meilleures chances.
De la même façon, l'éleveur attentionné vous posera des questions sur la composition de votre foyer, la présence d'un autre chien ou d'autres animaux, votre logement, votre rythme de vie.
Ces questions ne sont pas faites pour vous embêter ou être indiscret mais pour s'assurer que votre vie quotidienne est compatible avec votre souhait d'intégrer un chiot Cane Corso dans votre foyer.
Lors de cet échange, il pourra d'ailleurs vous conseiller déjà sur un mariage en particulier, une période adéquate, un sexe plutôt que l'autre, voir différer, refuser ou orienter vers des collègues. Cela n'a rien de personnel mais les choses doivent être alignées pour que tout se passe au mieux et cela se dévoile souvent via les premiers échanges, dans un sens comme dans l'autre. Le chiot, l'éleveur et la famille font partie d'un triangle où chaque côté a son importance.

3. Pourquoi l'éleveur connaît ses chiots
Choisir un chiot, c'est d'abord choisir un éleveur en qui vous avez décidé d'avoir confiance et vice-versa.
Choisir un bon éleveur, ce n'est pas seulement choisir un endroit où réserver un chiot. C'est choisir un professionnel qui connaît sa race, qui observe ses chiots au quotidien par une présence forte auprès d'eux, qui comprend leur tempérament naissant, leurs sensibilités, leur niveau d'assurance, leur énergie et qui saura travailler en prenant tout cela en compte.
Autrement dit, l'éleveur voit ce que vous ne pouvez pas voir en une visite, alors faîtes-lui confiance pour ses descriptions et ses conseils. Il a vu les chiots se développer, interagir entre eux, chercher plus ou moins le contact, prendre de l'assurance ou au contraire avoir besoin de plus de temps. Sa vision d'ensemble est précieuse.
Nous travaillons ces différentes sensibilités individuellement jusqu'au départ des bébés. Ainsi, il n'est pas rare qu'un chiot discret à 5 semaines devienne ensuite un chien extrêmement sûr de lui dans sa famille. A l'inverse, le plus démonstratif de la portée sera peut-être celui qui ne sera pas le plus simple au quotidien.
Bien sûr, un éleveur ne choisira pas à votre place mais il vous aidera à réfléchir en tenant compte de ce qu'il connaît réellement de ses chiots. Son rôle n'est pas de créer un moment magique mais de favoriser une rencontre cohérente entre un chiot et une famille.
La visite ou la visio viendront ensuite compléter ces observations sans les remplacer.

4. Peut-on choisir son chiot dès la naissance?
Pourquoi nous faisons partie des éleveurs qui attendent que les chiots passent leur première semaine avant d'officialiser une réservation et ne font pas choisir un chiot avant 5 semaines?
Tout d'abord, il est important pour nous de prendre du temps et de s'assurer que la maman et les nouveaux-nés se portent bien et toute notre attention est pour eux sur ces premiers jours. En suite, lorsque tout nous semble bien lancé, nous reprenons contact aves les personnes en attente et ouvrons les réservations. A cet âge, on réserve un sexe (mâle ou femelle) sur la portée avec une couleur (pas toujours garantie d'ailleurs à cet âge selon la robe).
C'est dans un second temps que les choix se font, dans l'ordre des réservations, s'il y en a. Les chiots ont alors 5 semaines. Pourquoi pas avant?
La première semaine, le chiot dort quasi en permanence (90% du temps). Il ne voit pas, n'entend pas, se guide grâce à l'odorat, au toucher et à la chaleur. Il rampe et est totalement dépendant de sa mère qui elle aussi est particulièrement fusionnelle avec eux à cet âge. Nous sommes alors très attentifs à la prise de poids des bébés, à l'état de la maman que nous accompagnons jours et nuits sur ces premiers moments.
Lors de la 2ème semaine, les yeux vont s'ouvrir, tout comme les conduits auditifs, le chiot commence à se tenir un peu mieux sur ses pattes. Les dents vont bientôt pointer. Rassurés de la bonne santé de la portée, c'est la semaine durant laquelle nous reprenons contact avec les familles qui sont en liste d'attente pour savoir si leur projet est toujours d'actualité puis nous ouvrons les réservations.
A 3 semaines, la marche est encore maladroite, les premières interactions dans la fratrie se font, ils commencent à explorer gentiment et voient et entendent correctement. Nous commençons à aider la maman en apportant les premières bouillies.
A 4 semaines, la coordination devient meilleure, on commence à deviner les constructions, les jeux s'élaborent, l'apprentissage commence vraiment grâce à la mère et à la fratrie. Pour notre part, il recevra un premier vaccin contre la parvovirose et la maladie de Carré, qui sera efficace pour le début des visites quelques jours après. On commence à avoir une petite idée de ce que les chiots deviendront.
A 5 semaines, le chiot est plus autonome, il développe encore sa communication et commence à montrer des traits de tempérament (plus audacieux, plus réservé, plus calme...), tout en sachant que ce caractère continuera d'évoluer avec la maturation et les expériences. Physiquement, on perçoit mieux la construction corporelle et le type en tête.
C'est selon nous le bon âge pour les tout premiers choix.
5. La visite ou la visio
Le jour du choix est là et il est bien plus que le jour d'une rencontre.
Ce moment d'échange permet de découvrir chaque chiot individuellement, de poser des questions, d'observer. Il est avant tout un temps d'échange, plus qu'un concours de beauté.
Il permet de voir les bébés sous toutes les coutures et l'éleveur pourra vous le décrire précisément, avec ses défauts, ses qualités, tout en étant disponible pour répondre à tous les questionnements et tous les doutes du moment.
Si les visites sur place sont tout à fait possibles pour les choix, elles peuvent être impossibles pour les personnes se trouvant très loin ou non disponibles sur les créneaux proposés. Pour ces cas, nous proposons bien-sûr des photos et vidéos mais également des rendez-vous en visio.
Bien sûr, si aucun chiot ne déclenche la moindre émotion, nous n'imposerons rien et proposerons un report sur une autre portée (même si ça n'est jamais arrivé en 11 ans d'élevage et près de 400 bébés partis en famille).

6. Le meilleur chiot est celui qui vous correspond
L'idée du chiot qui vient facilement vers vous repose sur une vision très romantique de l'adoption. Ce moment peut-être touchant bien sûr, mais il ne dit pas à lui seul que le chiot est le plus adapté à votre foyer, votre rythme et vos attentes.
Un chiot peut venir vers vous par curiosité, par excitation, parce qu'il est le plus audacieux, qu'il est habitué au contact humain et qu'il est bien reposé et en pleine forme après sa sieste. Cela ne signifie pas automatiquement qu'il est fait pour vous.
A l'inverse, un chiot légèrement en retrait n'est pas nécessairement un mauvais choix. Il peut être plus observateur, ou juste moins démonstratif sur le moment. Réduire le choix à ce premier réflexe, c'est risquer de surinterpréter un comportement ponctuel.
Un chiot très audacieux peut convenir à certains foyers et être plus difficile à vivre dans d'autres. Un chiot plus posé, plus mesuré ou plus observateur peut au contraire correspondre davantage à certaines attentes, même s'il se remarque moins lors d'une première rencontre.
Le risque, quand on se fie uniquement à celui qui est le plus avenant, c'est de confondre impact immédiat et compatibilité réelle.
C'est précisément pour cela que le regard de l'éleveur est si important et peut remettre de la cohérence où l'émotion seule pourrait prendre toute la place. Faire confiance à l'éleveur ne signifie pas s'effacer ou ignorer son ressenti bien sûr. Le bon équilibre consiste à garder sa sensibilité tout en l'inscrivant dans une démarche plus large, d'autant plus lorsque le choix se réduit quantitativement ou que la visite se fait en visio.

7. Les limites de cet exercice : aucune certitude, seulement les meilleures chances
Malgré toute l'expérience d'un éleveur, choisir un chiot ne relève jamais d'une science exacte. À quelques semaines de vie, il est possible d'observer des tendances, des aptitudes et des différences de tempérament, mais leur personnalité continuera à évoluer.
L'éducation, les expériences vécues, l'environnement familial et la maturité influenceront le chien qu'il deviendra. Un chiot très calme pourra gagner en assurance, tandis qu'un autre très entreprenant pourra s'équilibrer avec le temps.
Le meilleur chiot n'est pas celui qui attire immédiatement votre regard. C'est celui avec lequel vous construirez les dix prochaines années de votre vie. Le rôle de l'éleveur est simplement de mettre toute son expérience au service de cette rencontre.
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